Un besoin cruel d’assistantes affectives !

Assistants sexuels

La question des assistant(e)s sexuell(e)s fait actuellement débat.

Moi je dis, qu’au-delà de la question de la satisfaction des besoins sexuels des personnes handicapées, il s’agit aussi (et peut-être même surtout) de leur apporter un peu (beaucoup !) de chaleur humaine.

Pour vous en convaincre, je vais vous partager mon propre témoignage en ce domaine.

 

Solitude quand tu nous tiens !

Du vivant de ma mère, au temps où elle et moi nous occupions de mon père handicapé (traumatisme crânien, suite à un grave accident de delta-plane), on peut dire que j’étais déjà seule.

Personne dans ma vie, en dehors de mes parents et des kinés que je consulte chaque semaine !

Du fait de la sclérose en plaques, qui est devenue secondairement progressive, j’ai de plus en plus de difficultés à me mouvoir toute seule. Ajouté à cela, la fatigue chronique, on peut comprendre facilement que les amis soient partis ! A forc de ne plus pouvoir répondre par l’affirmative aux propositions de sorties !

Pour combler un peu ma misère affective, j’avais les chats ! De beaux chats et chatons persans …

Mais c’est vrai qu’un animal, même s’il est très affectueux, ne peut pas remplacer un contact humain !

Le jour où j’ai du dire au revoir à mes chats, lorsque ma mère étant morte ne pouvait plus m’aider pour s’en occuper, je m’étais promise que je ferais entrer dans ma vie une personne humaine :))

Depuis ma dépression de 1995, date à laquelle j’avais rompu mes fiançailles avec Ludovic, à une époque où la maladie ne m’avait pas été reconnue (le psy parlait de phobie et d’anxiété sociale, alors que je vivais une poussée de troubles cognitifs), je suis seule affectivement et sentimentalement.

Certes, il y a eu quelques relations depuis mais rien de réellement sérieux.

J’étais tout d’abord dépressive et soumise à de nombreuses attaques de panique, puis « focus » sur mes études juridiques et sur ma passion pour l’élevage.

 

 

La fin de vie inattendue de ma mère

Lorsque la SLA (maladie de Charcot) a été annoncée à ma mère, la sclérose en plaques m’avait été diagnostiquée depuis déjà 8 ans !

A ce moment là, mon élevage était fini et j’avais également terminé mes études (ma soutenance de thèse avait eu lieu en décembre 2011).

Lorsque Jalila et Véronique étaient intervenues à la maison en tant qu’auxiliaires de vie, mes parents et moi avions d’énormes besoins de divers services :

  • le ménage de la maison
  • l’entretien du jardin
  • le déplacement aux rendez-vous médicaux
  • aller faire les courses
  • etc.

A la mort de ma mère, je me suis retrouvée seule avec mon père.

Son état de santé, tout autant que le mien, s’étant aggravé, les médecins et l’entourage, me conseillaient d’envisager d’ offrir à mon père une place au sein d’une maison de retraite. L’avoir à m’en occuper au quotidien, même en étant aidée par des auxiliaires de vie, était devenu une trop grosse charge pour moi !

J’étais alors dans cette espèce d’euphorie de devoir « tout faire toute seule » ! Par moments, il fallait faire face à des imprévus et savoir faire appel à l’infirmier ou bien appeler à l’aide le docteur !

Je me souviens en particulier de ce week-end là, le retour de mon père du Centre (de rééducation en neurologie) Bourgès à Montpellier ! Il avait du mal à marcher et rencontrait des problèmes de prostate ! Il présentait également des tremblements inexpliqués des membres supérieurs. Non, il ne s’agissait pas de crises d’épilepsie mais des troubles de l’humeur ou de stress !

Dans ces moments là, où mon père faisait appel à moi, parfois même en pleine nuit, lorsqu’il voulait que je l’aide à se lever pour faire pipi (alors que l’infirmier lui avait exprès mis en place une protection urinaire)n je voyais l’arrivée de mon aide de vie Jalila avec beaucoup de joie ! Je pouvais enfin « souffler » car rassurée de savoir qu’elle allait s’occuper de mon père.

 

 

Des coups de blues difficiles

A d’autres moments, notamment les premiers soirs où mon père était parti vivre en maison de retraite et où je me retrouvais donc toute seule chez moi, dans cette grande maison … il m’arrivait parfois de pleurer en sanglots, touchée au cœur par une subite grand détresse ! Un peu comme si, à cet instant précis, je me sentais complètement perdue …

Lorsqu’il s’agissait d’un soir où Jalila venait m’aider à faire la cuisine le soir, je repensais à certains moments passés avec ma mère. Dans ces durs moments, forts émotionnellement, c’était tout naturellement que ma mère et moi nous prenions dans les bras. Ce geste avait pour effet de me calmer très rapidement !

Mais là, c’était Jalila, mon aide de vie, et non ma maman …

Je ne pouvais pas me « lâcher » et la serrer dans les bras ! Quand elle me répondait, un peu gênée de me voir pleurer ainsi « ça fait du bien de pleurer », j’avais envie de lui répondre ceci :

Non ! ça ne me soulage pas vraiment de pleurer .. Là, j’ai mal !!!!!!!!

Ce qui me ferait vraiment du bien, c’est que tu me prennes dans tes bras !

Mais je ne pouvais pas le lui dire … Parce que je sentais qu’alors je risquais de la mettre mal à l’aise.

Pourtant, je me sentais proche d’elle … depuis le temps qu’on se confie l’une à l’autre !

 

 

Des liens d’attachement à savoir gérer

Comme dans la relation à son psy, un phénomène de transfert peut avoir lieu dans les relations soignant / soigné.

Lorsque ce transfert est positif, ce sont alors des émotions positives qui entrent en jeu. La personne soignée peut même se croire « amoureuse » de la personne qui l’aide.

Quand à ceci s’ajoute l’existence de réelles affinités entre les deux personnes, ajoutées à la solitude affective de la personne aidée (absence de membres de la famille autour d’elle, pas de proches, etc.), la personne peut se sentir très vide et vouloir combler ce vide par ce que lui apporte l’aide de vie ou l’infirmier ou tout autre professionnel de santé qui intervient chez elle de manière régulière.

Ce phénomène de transfert (et celui du contre transfert) étant très peu connu et expliqué, les ressentis vécus par la personne aidée peuvent devenir « tabous » et ne pas être compris.

Pourtant, il s’agit d’émotions tout à fait « normales », mais qu’il faut pouvoir comprendre.

Peu importe que l’aidant soit un homme ou bien une femme, les liens d’attachement seront ressentis pareils !

Il y a comme une addiction qui survient : on a besoin de voir la personne qui nous aide au quotidien, qui nous apporte ce réconfort humain, une sécurité.

Si le phénomène du transfert lui était expliqué elle comprendrait que ce ressenti est normal et doit finir par être dépassé !

Il en va de la qualité de la relation entre la personne aidée et l’aidant

 

 

 

Un transfert et un contre-transfert à apprendre à gérer pour l’aidant et pour la personne aidée

Si la personne aidée pense que ce qu’elle ressent en elle pour la personne aidante est de l’amour, elle peut se penser être amoureuse … et être tentée d’en parler à l’aidant. Ce dernier doit comprendre ce qui se joue au sein de cette relation de soins et apprendre à gérer le contre-transfert.

Au début, cela eut-être difficile voire très perturbant. Puis les émotions se calment et la personne aidant va pouvoir retrouver sa place dans cette relation.

Pour cela, l’aidé doit comprendre ce qu’il ressent et essayer de multiplier les occasions de sorties et de voir du monde, afin de se faire de nouvelles connaissances.

Il doit pouvoir faire  entrer d’autres personnes dans son quotidien !

C’est Freud qui a découvert ce concept de transfert et contre-transfert. Il est plus connu dans le cadre d’une psychothérapie, mais pourtant ce phénomène peut avoir lieu au sein de toute relation humaine.

Et vous, une anecdote à raconter ?

Chrystèle

 

 

 

 

 

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